L’adéquation emploi- formation au Vietnam (Vu Gian, 2003)

 

(An article in French about education/professional training in Vietnam, by Vu Gian, 2003)

“5ème Assises des acteurs de la coopération franco- vietnamienne”

du 13 au 14 Octobre 2003 à Toulouse ______________________________

Atelier thématique No.9: Enseignement et recherche

Proposition d’intervention: Les formations professionnalisées au Vietnam/

L’insertion professionnelle des étudiants/ L’adéquation emploi- formation.

Présentateur: Gian Vu (Genève). Conseils économiques et financiers du

Secrétariat d’Etat à l’économie Suisse

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Introduction

Tout d’abord, permettez- moi de vous préciser que mon intervention à cet atelier est faite à titre strictement personnel, et que je suis pour une assistance technique selon la lois de l’offre selon la demande liée aux besoins réels du développement économique d’un pays. Cette lois serait également utile dans le domaine d’enseignement et de la recherche, pour éviter de former une élite purement intellectuelle, au dépend de la masse des travailleurs non- qualifiés, un peu négligés par la formation professionnelle, et souvent refusés par le marché du travail

A) Un aperçu de la situation des diplômés universitaires au Vietnam

Selon le ministère vietnamien du travail, des invalides, et des affaires sociales (MOLISA en anglais= Ministry of Labour, Invalides, and Social affairs”), il y a actuellement au Vietnam, 1000 docteurs es sciences, et plus de 10’000 docteurs dans les autres secteurs (non- médical), ainsi que 100’000 autres diplômés universitaires (au niveau inférieur au doctorat), et 1 million de travailleurs techniques.

Selon une autre source publiée dans un article du journal “Hanoi moi” (et reprise par le site internet du “VietExpress” du 14/5/03), parmi les 13’500 docteurs, 62,8% d’entre- eux (soit près de 9’000) vivent à Hanoi, 19,33% (soit 2’600) vivent à HCM- ville, et le reste (17,87%, ou 1’900 docteurs) s’est dispersé dans 59 autres villes du pays.!

Au niveau inférieur: chaque année, 22’000 nouveaux diplômés universitaires(au niveau licence) cherchent du travail (selon l’article publiée dans le journal “Saigon Giai Phong” du 26/8/01), et 25% d’entre- eux ne trouvent du travail (correspondant à leur formation) qu’après 2 ou 3 ans.

Une enquête (selon la même source citée précédemment) portant sur un échantillon de 7000 nouveaux licenciés a décompté 32,1% d’entre- eux sont en chômage,

26,4 % travaillent provisoirement dans la promotion commerciale (marketing), 19,1% dans la vente, la protection (garde de corps), conseils (mais en tant que salariés), 11% travaillent comme ouvriers, et 11,2% n’ont pas d’emploi fixe.

Si la concentration des docteurs dans les grandes villes comme Hanoi et HCM peut s’expliquer par la présence des centres de recherche, des universités, et les sociétés mixtes (avec les investissements étrangers), par contre, les autres diplômés de l’université (niveau de licence), et les écoles supérieures, se sont également concentrés, en raison de 75,5% dans les grandes villes, dont 30% dans la région du Delta du fleuve Rouge (essentiellement à Hanoi et Hai Phong) selon les statistiques du Ministère de l’éducation et de la formation du Vietnam.

B). Marché du travail et de la formation professionnelle au Vietnam

Le MOLISA prévoit la croissance de la population active du Vietnam de 46,16 millions de personnes actuellement à 50 millions de personnes en 2005, soit 3,84 millions de nouveaux demandeurs d’emploi, ou une augmentation de 8,32% de la population active durant cette période.

Le Professeur Pham Duc Thanh, l’analyste du marché de travail à l’Université national de l’Economie, estime que seul le renforcement de la formation professionnelle au Vietnam permettrait à ce pays d’augmenter de 30% le nombre de travailleurs qualifiés d’ici l’an 2005. A l’heure actuelle, 20% à 22% seulement des 46,6 millions de travailleurs vietnamiens ont bénéficiés une formation professionnelle

Et ils sont très recherchés sur le marché du travail.

En effet, une enquête (publiée dans l’article du 26/8/01 du journal “Saigon Giai Phong”) auprès de 300 entreprises (à HCM- ville, Hai Phong et Da Nang) sur leur

besoin de travailleurs techniques, a démontré que 88,6% de ces entreprises ont besoins de travailleurs techniques, et d’ouvriers qualifiés, qu’elles ne trouvent pas sur le marché du travail au Vietnam. Rien qu’à HCM- ville, chaque année, les entreprises ont besoins 3000 nouveaux ouvriers qualifiés que les agences d’emploi n’arrivent même pas à fournir.

C’est pourquoi il y a plus de diplômés universitaires qui cherchent du travail, que les travailleurs ayant une formation professionnelle, ou un diplôme d’un collège technique, et cela explique aussi pourquoi les 22% des diplômés universitaires acceptent de travailler en permanence, ou provisoirement comme ouvrier non- qualifié! (réf: l’enquête publiée dans l’article du 26/8/01 de “Saigon Giai Phong”).

Et pourtant, il existe actuellement au Vietnam 204 collèges techniques, et presque autant de centres de formation professionnelle, qui ne forment qu’environ 300.000 élèves chaque année. Mais, il faudrait y ajouter des milliers de cours de formation professionnelle organisés par secteurs économiques, par métiers, ou même “sur le tas” par des artisans villageois. Tous les travailleurs qualifiés par ces différents centres ou cours de formation, sont placés par 150 agences d’emploi, qui n’arrivent pas toujours à satisfaire la demande des travailleurs qualifiés du marché.

Pendant ce temps- là, 15’000 à 20’000 étudiants vietnamiens à l’étranger (dont 2600 en France, 2500 aux USA, 3400 en Australie en 2002, etc..), et plusieurs milliers d’autres formés au Vietnam par les organismes étrangers (RMIT, CFVG, etc..) se demandent s’ils peuvent trouver, à la fin de leur études, et au Vietnam, des places correspondantes à leur formation, ou, dans le cas contraire, il leur faudra, de gré, ou de force, rester (ou partir) travailler à l’étranger.

Cela risque de provoquer à la longue, une nouvelle “fuite du cerveau”** au Vietnam, et un important investissement “à fond perdu” pour un pays en développement. Le montant de ce fond atteigne un total de 100 millions USD p/an pour 20.000 étudiants Vietnamiens à l’étranger, soit autant que le financement pour 200 établissements universitaires au VN selon Tran Van Trung, du Ministre de l’Education& Formation, ou le besoin annuel de son plan d’action de l’éducation 2003- 2015 selon son Vice- Ministre Nguyen Van Vong

C) L’équation “1/4/10″ appliquée dans la formation et le développement économique

  1. Définition de l’équation “1/4/10″:

“1 diplômé universitaire/ 4 diplômés BTS/ 10 travailleurs manuels”

  1. L’application de l‘équation “1/4/10″ dans plusieurs pays développés (Suisse, Allemagne, etc..) donne des succès que l’on connaît depuis des générations.

Tandis qu’au Vietnam, cette l’équation est actuellement de “1/ 0,6/ 0,9″, ce qui a crée une “armée des généraux”, ou plus exactement une armée des “docteurs”, et vice- docteurs Et la “coopération” française, face à la concurrence anglo- saxonne, continue de former autant (ou plus?) d’intellectuels que techniciens qualifiés au Vietnam, malgré qu’elle connaît aussi, le problème du chômage universitaire depuis plusieurs années déjà. S’agit-il une question de prestige francophone, ou de besoins réels du développement économique du Vietnam?

Car la prospérité économique d’un pays tel que la Suisse est basée sur la formation dans les écoles techniques (les “Technicums”= BTS), et les écoles des HES (Hautes Etudes Spécialisées comparable aux IUT en France), les diplômés non- universitaires, qui représentent 36,36% (soit 4 BTC/HES divisés par 11 autres =36,36%) de la population active en Suisse. Mais ces diplômés pourraient travailler tout de suite, ou se présenter aux examens d’entrer à l’Université. s’ils désirent faire encore les études supérieurs.

Le reste (soit 45,64% des jeunes suisses) fait un apprentissage professionnel (d’une durée de 3 à 4 ans, après la scolarité obligatoire), récompensé par un salaire payé par les entreprises, et à la fin de l’apprentissage, par un Certificat fédéral de capacité professionnelle.

Avec ce certificat d’apprentissage, n’importe quel jeune pourrait progresser dans sa vie professionnelle, et s’il est capable, il pourrait dépasser n’importe quel technicien, ou universitaire, pour devenir même leur supérieur hiérarchique. Car après l’entrée dans la vie active, on juge davantage les jeunes selon leur réelle capacité au travail,

que sur le prestige de leur diplôme.

C’est pourquoi il n’y en reste que18% de jeunes suisses ayant réussi leur entrée à l’université, mais 45% environ d’entre eux ne terminent pas leur études universitaires, qu’ils abandonnent entrer dans la vie active, souvent sans diplôme! C’est peut- être une raison pour laquelle la Suisse veut augmenter la part des BTS/HES jusqu’à 40%, ou 45% du total.

En ce qui concerne la “fuite des cerveaux”, la Suisse a commencé à prendre des mesures pour faciliter le retour des chercheurs suisses expatriés aux Etat- Unis (où on leur offre des meilleures conditions de travail), telles que l’ouverture des “Swiss House” à Boston (où travaillent 400 chercheurs suisses de haut niveau), et en Californie (où 500 autres chercheurs suisses effectuent des travaux post- doctorat) comme lieu de rencontre des scientifiques suisses aux Etat- Unis, afin de leur faciliter le retour et la recherche des emplois en Suisse, qui conviennent à leur formation, et expériences acquises en Amérique. Le cas suisse (que je connais bien) n’est qu’un exemple parmi d’autres du monde développé, et il ne représente pas un leçon, ni modèle (qui a été pourtant pris en considération lors de la création de l’Etat de Singapour!) à donner au pays qui cherche sa propre voie de développement.

Tandis qu’au Vietnam, son équation 1/0,6/0,9 nous montre qu’il y aurait presque autant de travailleur intellectuel (1) que travailleur manuel (=0,9), tandis l’encadrement intermédiaire (0,6) ne représente qu’environ la moitié, autrement dit qu’il n’y a qu’un Technicien pour 2 universitaires et 2 ouvriers! Ce n’est pas vraiment étonnant, car on estime qu’actuellement au Vietnam (après “Doi Moi”, l’accès à l’université n’est plus réservé uniquement aux enfants des familles “méritantes”) il n’y a qu’environ 1,6% de jeunes suivent une formation professionnelle, tandis que 98,4% d’entre eux essaient d’entrer à l’Université!

Dans cette circonstance, verra-t- on un jour l’application de l’équation 1/4/10 au Vietnam? Dans ce cas, la part réduite des diplômés universitaire suffira- t- elle à satisfaire le marché du travail, et le développement économique du pays? C’est une question à débattre au sein de l’atelier.

D) Conclusion.

Les autres questions à débattre sont les suivantes:

  1. L’équation “1 /4/ 10″ remplacera-t-elle efficacement l’adéquation emploi- formation? Car la “minorité” universitaire trouvera plus facilement du travail
  1. Comment réaliser les formations “professionnalisantes” (et en français) au Vietnam face à la concurrence anglo- saxonne?

3. Par une politique de choix des “niches”l’insertion professionnelle des étudiants sera plus facile. Quelques exemples de “niches” à débattre:

a) Les “Niches” quasi- monopolistiques pour la France, grâce à sa réputation mondiale, telles que la Haute Couture, la mode des chaussures, et accessoires, le tourisme, et la Gastronomie, etc.., où l’utilisation du français est de rigueur, même dans la formation

  1. Les “Niches” où il y aura énormément de besoins, et peu de concurrence jusqu’à présent, telles que la production et la formation technique dans le secteur d’électricité, ou dans d’autres secteurs de point.
  2. “Niche” de coopération, comme dans le cas de Forbach avec Saarbrüken pour la formation des techniciens supérieurs de l’Université de Thai Nguyen.

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